Aux Etats-
Unis un chercheur français,
Richard Perez, prône depuis trente ans les vertus du photovoltaïque. A son discours, de plus en plus d'oreilles se tendent.
Il rougirait certainement à l’idée qu’on le surnomme le "Al Gore du photovoltaïque". Pourtant, comme l’ex-futur président des
Etats-
Unis,
Richard Perez se fait un devoir de répondre
aux invitations de politiques, d’associations ou d’universités pour venir défendre l’énergie solaire. Ainsi la semaine dernière, c’est devant l’équipe de Michael Bloomberg, maire de New York, qu’il présentait tous les avantages qu’il y aurait à développer le photovoltaïque dans la grosse pomme. L’homme est chercheur sur le campus d’Albany, capitale méconnue de l’état de New York et c’est sans accent que l’on peut prononcer son nom puisqu’il est français.
La couleur du ciel pour inspirationRejoignant sa femme Susan, américaine, à la fin des années 70,
Richard Perez se lance dans un PhD (doctorat) en sciences de l’atmosphère à l’université de l’état de New York, université à laquelle il est resté fidèle puisqu’il travaille toujours.
Pour sa thèse, il construit un modèle qui permet d’établir la quantité d’énergie lumineuse disponible en un point donné du globe et à un instant t en fonction de la météo.
Richard Perez possède un vélo qui le mène à l’université tous les matins. De sa machine, il observe le ciel et constate que par beau temps, le ciel est plus clair à l’horizon qu’au zénith. "C’est sur des observations simples de ce genre que j’ai basé la construction du modèle, explique-t-il simplement. Le calcul et l’expérimentation sont ensuite venus le consolider pour le rendre opérationnel."
Ce premier modèle qui conclut sa thèse obtenu en 1983 en amènera un suivant au début des années 90 qui s’intéresse à la notion d’éclairage et est utilisé pour simuler les ambiances lumineuses par les logiciels d’architectures. "Je ne sais plus bien dans quels domaines mon modèle est utilisé, constate-t-il. L’une de mes dernières surprises a été d’apprendre qu’il était présent dans certains jeux vidéo pour un rendu réaliste des ciels."
La version du modèle sur laquelle il travaille actuellement intègre les prévisions météorologiques. Objectif : connaître une semaine à l’avance l’énergie lumineuse disponible.
La sécurisation des réseauxVoilà donc ce qui occupe les trois quart de son temps. Durant le quart restant, qui, s’il n’y prenait garde, tendrait vers la moitié,
Richard Perez joue les "scientifiques de service". Au service du photovoltaïque bien sûr. Au-delà de la lutte contre le réchauffement climatique, l’enjeu consiste
aux Etats-
Unis à éviter les pannes régulières du réseau électrique (black out). Il y a deux semaines, trois quartiers entiers de New York se sont retrouvés sans électricité pendant quelques trop longues minutes.
Un épisode qui rappelle celui que 40 millions de personnes du Nord-Est des
Etats-
Unis, New York y compris, ont connu en août 2003, en pleine canicule. Cause principale : la climatisation et la puissance gigantesque réclamée à une heure chaude de l’après-midi. Pas moins de 10 GW étaient alors importés jusqu’à ce que le réseau lâche, victime lui aussi de la surchauffe. Il aura fallu attendre trois jours pour un retour à la normal. Coût évalué de ce séisme électrique : 10 milliards de dollars.
Dans une étude demandée par le Département fédéral de l’énergie et publiée en juin 2004,
Richard Perez a pu montrer, sur base des calculs de son modèle, que le photovoltaïque aurait pallier le déficit critique du réseau, ce petit besoin de trop qui fait tout sauter. "La sécurisation du réseau est l’argument majeur actuellement pour convaincre les élus, constate-t-il. La courbe de consommation
aux Etats-
Unis, qu’on commence à observer en Corse, montre un pic au moment des fortes chaleurs. C'est-à-dire au moment où le soleil est au plus haut. Par chance, c’est aussi le moment où l’énergie produite par les panne
aux photovoltaïques est la plus forte. En soulageant le réseau des pics de consommation, on évite les
black out. Et ça, les acteurs du secteur sont prêts à y investir."
Energie solaire ou fusion nucléaireRichard Perez n’y voit pourtant qu’une première phase. Les courbes de progression de l’efficacité des cellules photovoltaïques comme celui du stockage de l’énergie, _ "les ordinateurs portables ont suscité d’énorme progrès dans le domaine"_ sont prometteuses.
A long terme, selon lui, "la seule énergie avec laquelle le solaire soit en compétition, c’est la fusion nucléaire. Ce sera l’une ou l’autre puisque leurs ressources sont toutes les deux inépuisables." Sur son
site internet , il a représenté à l’échelle les différentes sources d’énergie disponibles actuellement sur terre. La prédominance de la ressource solaire y saute
aux yeux. "L’énergie solaire disponible (23 000 TW.an) sur les continents chaque année est 100 fois plus grande que la totalité des réserves pétrolières connues, souligne-t-il. J’ai le sentiment que c’est tellement évident que personne n’a encore vraiment réalisé."
Antoine Hudin(24/06/2008)
Richard Perez a récemment obtenu pour ses travaux scientifiques le Daylight and Building Component Award décerné par les fondations danoises Villum Kann Rasmussen et Velux. Ce prix récompense une personne ou un groupe de personnes dont les travaux aident à la compréhension technique, sociale, artistique ou esthétique de la lumière du jour.
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