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 | vendredi 21 novembre 2008

Accueil | Réglementation | Exclusif : Veolia pourfend l'enquête UFC-Que choisir sur le prix de l'eau

Exclusif : Veolia pourfend l'enquête UFC-Que choisir sur le prix de l'eau

L’enquête sur le prix de l’eau publiée le 29 octobre 2007 par UFC-Que choisir a fait réagir les professionnels de l’eau, réunis au sein de la FP2E – la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau. Ceux-ci contestent vigoureusement "une étude biaisée et orientée, qui ne prend pas en considération plusieurs données fondamentales de l’économie de ces contrats".
Parmi eux, Marc Reneaume, ingénieur de formation, directeur général adjoint de Veolia Eau (numéro un mondial) en charge de la France, a bien voulu répondre en exclusivité aux questions du "Moniteur".

Comment réagissez-vous à l’enquête d’UFC-Que choisir ?
Tout d’abord, nous récusons le qualificatif d’"étude" en ce qui concerne ce document contestable. Le magazine se base sur un modèle, mais refuse d’en dévoiler les auteurs. Et le droit de réponse que nous avions déjà demandé il y a 18 mois ne nous a pas été accordé.
Or, le modèle utilisé contient un bon nombre d’inepties. Il procède à une déduction automatique du prix de l’eau, principalement à partir du linéaire de réseaux et il en déduit un prix et une marge virtuels. Par ailleurs, il divise la masse salariale par deux ! Comme s’il était possible d’établir un prix aussi arbitrairement, et comme si le prix pouvait être le même partout, quelles que soient les difficultés d’exploitation locales !
J’ajoute que la comparaison à laquelle la FP2E a procédé de son côté avec des villes européennes nous conforte dans notre réponse. Si l’on adoptait le modèle UFC à Copenhague par exemple, on obtiendrait une marge bénéficiaire de... 70%. Ce n’est plus un "Jackpot", c’est tout simplement aberrant !
Par ailleurs, cette prétendue "étude" fait apparaître des marges bénéficiaires même pour les régies, alors que le Code général des collectivités territoriales les interdit formellement. Je tiens à rappeler que dans sa première "étude" il y a 18 mois, le magazine avait oublié que l’exploitation des réseaux d’eau pouvait être effectuée, soit en régie, soit en délégation de service public… Dans cette deuxième enquête, l’omission est atténuée, mais c’est pour mieux jeter l’opprobre sur les délégations de service public. Or, quand on discrédite un métier de manière aussi générale, il y a nécessairement des conséquences et elles peuvent être sérieuses. Cela en a, tout d’abord, sur nos collaborateurs, mais aussi sur les élus qui ont autre chose à faire que d’entrer dans une telle polémique.
Cela est d’autant plus injuste que, selon le dernier baromètre TNS Sofres (2007), 93% des Français déclarent apprécier ce service public.
Pour ce qui est de la transparence du secteur, je rappellerai simplement que les rapports annuels des collectivités sont pour la plupart en ligne sur Internet, que l’exécutif local est tenu de présenter un exposé annuel à l’assemblée délibérante, que les comptes enfin, sont soumis au contrôle strict des chambres régionales des comptes et audités régulièrement par des experts indépendants.
Pour résumer, on peut dire que cette publication, à quelques mois d’une échéance électorale et à la veille du congrès des maires n’est sûrement pas fortuite ; il s’agit selon moi, très clairement, d’une volonté de nuire.

Le Grand Lyon a autorisé, le 12 novembre dernier, son président à signer des avenants qui vont permettre une baisse du prix de l’eau pouvant atteindre 16% (1). Cela ne donne-t-il pas raison à vos détracteurs ?
Non, pas du tout ! La signature qui est intervenue est le fruit d’un an de négociation dans le cadre de la révision quinquennale prévue par le contrat. Cela n’a donc rien à voir avec l’article publié par UFC-Que choisir. Le processus prévu dans le contrat initial a débuté en février 2006. On ne s’est pas mis d’accord tout de suite, car nous considérions que les prétentions initiales du délégant étaient un peu excessives.
Le Grand Lyon a mis sur pied un collège d’experts animé par le Président Chabanol, conseiller d’Etat, président de la Cour administrative d’appel de Lyon. Le rapport a été rendu il y a quelques semaines. Au vu de ses conclusions, le Grand Lyon a souhaité que le rapport soit adopté tel quel. Nous avons alors dit que nous étions prêts et que nous acceptions le pari. Voilà comment a été négociée la part de marge que nous étions prêts à redistribuer à notre délégant. C’est un dispositif on ne peut plus clair et transparent. Tous les chiffres sont sur la table, et les deux parties se partagent la marge dégagée par le contrat, grâce aux efforts de nos collaborateurs, en association avec les services de la collectivité, pour optimiser la gestion de l’eau localement. En l’espèce, la collectivité s’attribue 2/3 de la marge et nous 1/3. Dans la période qui précédait cet accord, notre marge était montée ponctuellement jusqu’à 22%, cela étant dû à une bonne gestion du contrat ; il était donc naturel de renégocier dans le cadre prévu dès l’origine par la DSP. Mais en valeur cumulée actualisée, notre marge sur toute la durée du contrat du Grand Lyon s’établit à environ 8%, ce qui est tout à fait dans la norme. On est loin des données fantaisistes avancées par UFC-Que choisir !

L’évolution du prix de l’eau, telle que vous la décrivez, peut-elle avoir une influence sur la masse et le rythme des travaux sur les réseaux d’eau ?
Dans le cas de Lyon, la réponse est très clairement négative. En l’espèce, il existe deux types de renouvellements, auxquels sont affectés deux comptes distincts : un compte pour la collectivité et un compte pour le délégataire. Compte tenu du caractère bénéficiaire de l’exploitation du réseau, la répartition de la marge, telle qu’elle a été arrêtée d’un commun accord, n’affecte absolument pas la masse ou le rythme des travaux nécessaires.
Ailleurs, le rythme ou la masse des travaux peut être influencée, soit à la hausse si les parties décident d’affecter une partie de leur marge à de nouveaux investissements, soit à la baisse dans le cas contraire. Mais quoiqu’il en soit, les collectivités locales n’ont généralement pas intérêt à trop limiter le montant des investissements consentis dans ce domaine sensible. De telles renégociations, qui font partie de la vie normale des contrats, n’ont donc pas en principe d’influence sur la masse et le rythme des travaux réalisés qui demeurent sous contrôle public.
De manière générale, dans une délégation de service public, on peut dire que nos marges de demain seront nos rabais d’après-demain, le tout sous le contrôle de l’autorité délégante et des autorités de contrôle. C’est précisément le cercle vertueux de la délégation de Service Public.
Propos recueillis par Cyrille Emery

(1) : voir "Le Moniteur" n°5425 du 16 novembre 2007, p. 90
Voir aussi :
- Revue "Contrats publics", n°71, novembre 2007, dossier "Vers une gestion plus limpide de l’eau".
- Les données de l’enquête Que choisir publiée le 29 octobre 2007.
- Le communiqué de presse de la fédération professionnelle des entreprises de l’eau (FP2E) en date du 19 novembre 2007.



(30/11/2007)

 


 
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