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 | vendredi 21 novembre 2008

Accueil | Interviews | Jean Carassus : " Pour une approche socio-eco technique de la construction"

©CSTB

Jean Carassus : " Pour une approche socio-eco technique de la construction"

A l'occasion des rencontres du PREBAT (Programme de recherche et d’expérimentations sur l’énergie dans le bâtiment) qui se tiennent actuellement à Perpignan, Jean Carassus, directeur du département Economie et sciences humaines au CSTB, nous livre son opinion sur le rôle des sciences humaines dans la construction et quelques enseignements de sa récente étude socio-éco-technique intitulée "Comparaison internationale bâtiment et énergie", menée pendant deux ans par 55 ingénieurs, économistes, sociologues de 12 pays différents.

En tant que Directeur du Département Economie et Sciences humaines du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment), quelle importance tiennent, selon vous, ces disciplines au sein du monde de la construction ?


L’importance des sciences humaines dans la construction est souvent sous-estimée. La technique est privilégiée par rapport à l’aspect économique et sociologique.
Pourtant, il me semble indispensable de les considérer comme complémentaire, tout en redéfinissant bien leurs rôles respectifs. L’économie et les sciences humaines permettent de comprendre et de mesurer les enjeux sociétaux et la technique doit être non pas un but en soi mais l’outil à la hauteur de ses enjeux. C’est pourquoi, en tant que Responsable du Pôle Economie et Sciences humaines au sein d’un centre de recherche technique comme le CSTB, mon objectif n’est pas de m’appesantir sur le manque de place de la socio-économie mais de sensibiliser les acteurs du bâtiment, autour des grands enjeux auxquels nous avons à faire face (comme par exemple les gaz à effet de serre), afin d’avoir une approche globale des problématiques.
A ce titre, d’ailleurs, au lieu d’opposer les termes de sciences "dures"(technique, etc.) aux sciences "molles" (sciences humaines, etc.), il me paraît plus judicieux de juxtaposer les sciences "dures" et les sciences "douces", afin d’assurer leur interaction. De la même façon qu’un "software" et un "hardware" ne fonctionnent que s’ils s’avèrent complémentaire.
Cette complémentarité entre ces disciplines est d’autant plus essentielle que l’univers de la construction est complexe, de par d’une part la multiplicité de ces acteurs et d’autre part la grande diversité de l’offre et de la demande.

Cette démarche de complémentarité que vous prônez est celle que vous avez mise en pratique dans votre rapport en faisant travailler des binômes techniques et sciences humaines. Pouvez-vous nous éclairer sur ce travail?

Avec ce rapport de 900 pages nous avons voulu faire un point sur des exemples intéressants à l’échelle mondiale en matière d’économie d’énergie. Plusieurs exemples étrangers sont riches d’enseignements.
Tout d'abord, l'exemple germanique (allemand, suisse, et autrichien) . Cet exemple est axé sur la réduction de la consommation du bâtiment en surisolant et en profitant aux mieux des apports extérieurs et intérieurs de chaleur afin de quasiment pouvoir se passer d'équipements de chauffage. C’est ce que les Allemands nomment "PassivHaus". La Suisse s’en est inspiré pour créer son label "Minérgie©". Les Allemands ont ainsi apporté le concept et ses exigences, et les Suisses l’ont transformé en un label diffusable. A l’heure actuelle, un logement neuve sur cinq en suisse et labélisé "Minérgie©". Cet exemple est assez aisément transposable en France. Les régions françaises limitrophes de l’Allemagne et de la Suisse, la Franche Comté et l'Alsace ont avec le Languedoc Roussillon et plusieurs partenaires publics et privés créé l’association Effinergie pour transposer l’exemple suisse dans notre pays. Rejoint aujourd’hui par 15 autres conseils régionaux, ils se sont appropriés le modèle en créant le label "Effinergie" propres aux caractéristiques françaises (en déclinant des objectifs adaptés à la plus grande variété de climats qu’en Suisse).

Il y a aussi l'exemple espagnol. Dans une optique méditerranéenne, ce modèle n’est, lui, plus centré sur la problématique du chauffage mais sur celle de l’eau chaude. Ce recentrement sur l’ordonnance solaire de Barcelone, étendue à de nombreuses autres villes espagnoles vient compléter l’utilisation solaire passive mise en avant par le concept allemand Cette ordonnance solaire oblige, à partir d’une certaine taille de permis de construire ou de réhabilitation, à utiliser le thermique solaire pour le chauffage de l’eau chaude.

Ensuite, on trouve les exemples américain et japonais. Pour les maisons individuelles, ces deux pays, où la problématique des pics de consommation sur le réseau électrique est forte, ont combiné une amélioration de l’isolation avec une production solaire d’électricité par photovoltaique. Ainsi, au Japon, 160.000 ménages ont équipés leurs maisons de panneaux photovoltaïques! D’ailleurs, le Grenelle de l’environnement définit ,d’ici 2020, l'objectif de construire des bâtiments à énergie positive, grâce à la production d'énergie par le bâtiment.
Du côté des Américains, pour le tertiaire, la question énergétique n’y est pas aussi prépondérante. Elle est couplée avec un modèle environnemental plus large, en voulant, par exemple, offrir un cadre de travail plus sain et stimulant pour les salariés travaillant dans des bâtiments tertiaires. Cette idée de voir l’énergie comme un élément d’une approche environnemental plus large, en s’intéressant aux problématiques d’insertion du bâtiment dans le site, de choix des matériaux utilisés, de gestion des déchets, etc. est synthétisé dans le label LEED™ (Leadership in Energy and Environnemental Design). Cette idée a d’ailleurs reprise, lors du Grenelle de l’environnement avec la proposition du label HQEE (haute qualité énergétique et environnementale).

Nous avons aussi voulu souligner un exemple danois qui replace la bâtiment dans son contexte urbain. L’écoquartier de Vasterbro à Copenhague, auquel nous avons choisi de nous intéresser tout particulièrement dans notre rapport, est révélateur en la matière. En effet, les danois ont ouvert la voie à l’écoquartier de réhabilitation et non plus seulement du neuf. Cette réflexion a été reprise en France avec nottament un projet d’ écoquartier de réhabilitation à Lyon.

A l'heure de la mise en oeuvre des objectifs du Grenelle de l'environnement, si vous aviez un message à faire passer aux professionnels de la construction, quel serait-il ?

Cette transposition d’expériences étrangères au modèle français est à l’origine d’un nouveau paradigme, qui change le système de références des professionnels du monde du bâtiment. Il ne s’agit pas de garder les pratiques actuelles et d’ajouter une « couche » énergétique et environnementale. Si nous ne prenons qu’un seul exemple, pour la conception, une approche usuelle est une ingénierie séquentielle enveloppe puis équipements, en négligeant la dimension climatique. Une ingénierie concourante associant dès le départ l’architecte et l’ingénieur et intégrant le climat est beaucoup plus prometteuse. Le changement concerne le banquier, le maître d’ouvrage, l’entreprise, le gestionnaire, les utilisateurs. Cette modification de paradigme est une occasion exceptionnelle de valoriser les métiers et les compétences de tous les acteurs de la construction, dont le secteur se retrouve tout d’un coup au premier rang des enjeux de la planète.

Propos recueillis par Eric leysens

Voir le rapport

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Précision
Cet interview porte seulement sur la première partie du rapport. Précisons que le rapport comporte une étude fournie des composants et équipements innovants , ainsi qu’un focus sur trois expériences de programmes de recherche et développement.

(03/06/2008)

 


 
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